Les 4 qualités du Best Boss

Un article signé Antoine MANUEL, Consultant Mercuri International certifié Coach
en Leadership en France et au Canada.

Management de proximité, charisme et leadership, il ne faut pas tout confondre. Le leadership est certes clairement lié à la notion de charisme, mais pour autant, il demeure des concepts distincts dont les périmètres ne font que se croiser. Ce n’est parce qu’un manager a du charisme qu’il émane automatiquement de lui du leadership. Le terme de « Leadership » semble parfois bien galvaudé, si bien que l’on n’en saisit pas nécessairement le sens véritable. Si l’on en croit le dictionnaire Larousse, le Leadership se définit littéralement comme la « fonction du leader » et est associé à une « position dominante ». Pas forcément plus clair. Cela étant, Dwight David Eisenhower, 34ème Président des Etats-Unis, nous livre cette citation qui résume à elle seule l’essentiel de ce qu’est le leadership : « Le leadership, c’est l’art de faire à quelqu’un quelque chose que vous voulez voir fait, parce qu’il a envie de le faire ».

Leadership et dynamique d’équipe, quels enjeux ?

En termes d’enjeux, quels sont les bénéfices d’un leadership pertinent pour une bonne dynamique de groupe ? J’en partage quelques-uns des plus importants avec vous :

  • Stimuler la créativité. Avant toute chose, le leader a en son sein un caractère créatif, et il sait faire émerger celui de ses équipiers pour en exploiter le plein potentiel.
  • Favoriser l’interaction. Un leadership rondement orchestré recherche constamment à générer et maintenir le dialogue au sein d’un collectif. La culture du Feedback constructif est essentielle au bon fonctionnement du leadership.
  • Fédérer les équipes et rassembler les énergies. Le leadership a pour vocation de mettre en commun toutes les forces vives d’un collectif et de les embarquer pour les mettre au service de l’objectif commun défini.
  • Faire grandir ses équipiers. Le leader va aider ses équipes à monter en compétences et à cet effet va en fait les aider à identifier les compétences qu’ils maîtrisent et celles sur lesquelles il existe de véritables gisements de progrès. Il s’agit en fait d’orienter les individus dans ce que l’on appelle la « Boussole de l’apprentissage », notamment sur les points cardinaux importants que sont le « Je ne sais pas que je sais » et le « Je ne sais pas que je ne sais pas ».
  • Donner une vision à long terme. Le leadership doit garantir non seulement la définition du cap commun mais aussi et surtout faire prendre de la hauteur aux équipiers sans s’enfermer dans la tactique du « quoi » trop vite, mais plutôt travailler le « pourquoi » et le « comment »

Le défaut de leadership peut faire basculer une organisation du côté obscur du management

Toutes les dimensions du leadership que l’on a évoquées jusque-là, si elles sont dévoyées, peuvent avoir des conséquences néfastes. L’absence de reconnaissance peut constituer une difficulté tout comme l’absence de feedback, de communication (sur l’objectif, le pourquoi, les moyens…), voire de volonté de fédérer (car j’impose au lieu d’embarquer)…

Une absence de leadership ou un leadership malavisé peut tout d’abord provoquer de la frustration, un certain malaise au sein des équipes, voire engendre un phénomène contagieux de démotivation. Ce contexte vicié peut même aller jusqu’à générer des comportements d’évitement des équipiers vis-à-vis d’un leader qui au contraire devrait catalyser les énergies. Qu’on se le dise, le leadership par le laisser-faire crée le drame, un drame qui se matérialise bien souvent par le renforcement du phénomène de turnover.

Un leadership empreint d’une trop forte autorité morale, qui impose au lieu de laisser l’évidence d’une action s’imposer d’elle-même peut fermer son leader associé aux échanges, le rendre inaccessible, et l’empêchant de fait d’obtenir des Feedback utiles et constructifs de la part de ses collaborateurs. La logique Bottom-Up d’amélioration continue de la performance se retrouve ainsi entravée par l’enfermement du leader dans une sorte de tour d’ivoire.

Difficile de lever les yeux vers des leaders qui gardent leurs oreilles au sol. — Sir Winston Churchill

Les Feedback fussent-ils durs parfois, doivent toujours rester constructifs. Au risque de transformer certains collaborateurs en ce que les Québécois appellent des « Têteux », à savoir des individus qui louent systématiquement les initiatives du leader sans oser s’opposer, par crainte la plupart du temps, car le climat de confiance essentiel au dialogue est manquant. Un ami me confiait récemment que le pire manager dont il se souvienne, lui donnait systématiquement le même Feedback qui se résumait à « Tu fais un travail fantastique »… alors que tous les deux savaient pertinemment que la remarque était excessive. Un leader doit être à la fois vrai et juste dans ses Feedback.

Mais alors, qu’est-ce qu’un (bon) leader ?

La notion de leadership implique de facto d’avoir un leader pour l’exercer. On définit parfois le leader comme un meneur charismatique, mais ce n’est en réalité pas aussi simple, car le but n’est pas de faire du leader un gourou. Un meneur charismatique peut entraîner dans son sillage des individus qui vont le suivre aveuglément, là où le leader doit embarquer vers un objectif commun des individus éclairés sur le quoi, comment et pourquoi de l’objectif poursuivi.

Un leader est quelqu’un qui connaît le chemin, suit le chemin et montre le chemin. — John Maxwell

Il doit ainsi savoir générer l’envie de le suivre et de se surpasser pour accomplir la mission confiée, en bousculant les habitudes certes mais pas n’importe comment.

Quand j’anime une session de formation axée sur le leadership, j’aime à poser toujours la même question en préambule « Quels sont les 4 plus grandes qualités de votre Best Boss ? », comprenez le meilleur manager que vous ayez eu. En fin de compte les réponses souvent se suivent et se ressemblent. « Il est honnête, il est direct, il sait sanctionner quand il le faut, mais aussi il fait confiance ». Chacun des points sus évoqués fait partie intégrante du (bon) leadership.

Vous l’avez compris, aujourd’hui un bon manager est celui qui sait exercer un leadership vrai et juste. Plus facile à dire qu’à faire cela dit. Le process n’est pas évident en premier lieu parce que cela demande de remettre en question ses collaborateurs dans leur façon de travailler mais également de se remettre soi-même en question en tant que manager.

En corollaire, le leader ne peut asseoir son influence et exercer pleinement son leadership sans témoigner de la reconnaissance quant au travail engagé et résultats obtenus par ses équipiers. Un point de vigilance toutefois, les marques de reconnaissance du leader doivent être authentiques et sonner juste. Il n’y rien de plus contre-productif qu’un leadership qui consiste à saluer systématiquement de façon plate, creuse et indifférenciée le travail d’un collaborateur. Le bon leader est celui qui maitrise le subtile dosage, ce curseur sensible, entre les moments où il faut bousculer les habitudes, faire sortir de sa zone confort un équipier, et les moments où il faut savoir saluer les progrès et réussites effectivement réalisés.

Le leader est en fait un facilitateur de prise de conscience sur l’objectif à atteindre, sur le comment y parvenir avec pédagogie et surtout sur le pourquoi dudit objectif. A l’heure où la quête de sens dans le travail est plus prégnante que jamais, la facette pédagogue du leader est clé. Il doit donner du sens et à double titre : donner le sens de la marche à suivre et donner du sens en expliquant les tenants et aboutissants de l’objectif. Le leader donne envie de le suivre !

Ce n’est pas le changement que refusent les collaborateurs, mais c’est l’incertitude qui est lié au changement.

Un « bon » leader est garant de la conduite des changements qui surviennent au sein de son organisation. Et c’est un fait établi universel, les humains éprouvent une peur primale face à ce qu’ils ne connaissant pas et surtout ce qu’ils ne comprennent pas. D’où le rôle du leader d’éclairer et de rassurer ses collaborateurs face aux défis de changement qui surviennent. La dimension pédagogue du leader est ici un facteur clé de succès prépondérant.

Les gens ne changent et n’avancent que s’ils ont au préalable pris conscience de leurs zones de dysfonctionnement, de leurs gisements de progression

Un bon leader est celui qui est capable de repérer les zones de perfectibilité de ses collaborateurs, de les faire émerger à l’état de conscience et de les faire grandir en conséquence. La dimension de transmission de son savoir-faire est un facteur crucial d’un leader efficace.

Un leadership efficace passe par la capacité à cadrer, imposer et influencer des individus « sans les épaulettes« 

Le leader est quelqu’un qui va fédérer et qui va influencer dans le futur la manière dont ses collaborateurs vont travailler. Il est clair qu’un leader a pour mission première de stimuler l’envie, de faire bouger et avancer les choses par son influence et non le pouvoir qui lui est conféré par sa position hiérarchique.

La clé d’un leadership réussi aujourd’hui c’est l’influence, pas l’autorité. — Kenneth Blanchard

Outre la nécessaire pédagogie, le leader se doit ici d’être également empathique vis-à-vis de ses équipiers, sans toutefois – méfiance – verser dans l’excès d’empathie. Favoriser l’interaction et être à l’écoute restent certes essentiel, mais le leader est avant tout le garant de la tenue du cap et doit donc savoir aussi arbitrer, trancher, quand cela est nécessaire pour faire avancer les choses. Le leader se doit donc d’exercer un certain ascendant psychologique, mais le faire avec justesse, c’est-à-dire que la dynamique de mouvement vers l’objectif ne peut être imposée d’autorité, elle doit s’imposer d’elle-même, naturellement, par le pouvoir d’influence du leader.

La capacité et la volonté de rallier les hommes et les femmes à un but commun et un caractère qui inspire la confiance.
Général Montgomery

Le leader motive, le leader inspire confiance, c’est pourquoi il doit au premier chef être convaincu de ce qu’il dit, fait et demande à ses collaborateurs. Car difficile d’embarquer les énergies quand on sent que la conviction initiale, censée donner l’impulsion, n’est pas réellement là. Cela appelle également une autre dimension fondamentale du bon leader, celle de l’exemplarité. Nul ne saurait exiger et obtenir de ses équipiers ce qu’il n’est capable d’exiger de lui-même en premier lieu.